Eduardo ARROYO
Madrid 1937

Espoir et désespoir d’Angel Ganivet IV, 1979, acrylique sur toile.
Acquis en 1983
Connu dès 1965 par le coût d’éclat du tableau collectif Vivre et laisser mourir ou la mort tragique de Marcel Duchamp, réalisé avec Gilles Aillaud et Antonio Recalcati, Eduardo Arroyo se définit avant tout comme un artiste engagé, pour lequel la peinture tient lieu de discours et de littérature. Son adhésion à la figuration narrative le fait s’exprimer dans un style assez neutre et immédiatement accessible. L’œuvre qu’il élabore se confond avec son parcours personnel. Ayant fui très jeune l’Espagne franquiste, il se situe résolument dans une culture d’opposition au phénomène totalitaire. Dans Espoir et désespoir d’Angel Ganivet IV, Arroyo évoque, comme il le fait souvent, le thème si durement ressenti de l’exil (Ganivet, consul espagnol, se suicida en se jetant dans la Dvina, fleuve baignant la ville de Riga. Arroyo a consacré un cycle de tableaux à ce fait divers). Le personnage auquel s’identifie l’artiste s’extériorise par son absence, en fait il incarne l’absence. Nous ne voyons de lui que ses vêtements, chapeau et pardessus, posés sur une chaise, dans un intérieur strict et dépouillé d’où émane une tristesse diffuse. Quelques verticales et horizontales suffisent à camper le décor traité en aplats bleus nuit ; il n’y a pas de profondeur ni de point de fuite possible par la fenêtre, l’horizon est bouché par un rideau floconneux. Le cadrage serré du tableau ne laisse deviner qu’une partie de cette tranche de vie ; la reproduction, sur le mur, — deux palmiers dans un désert —, symbolise l’aspiration à la chaleur d’un homme né dans un pays de soleil et qui va mourir dans le froid, loin de chez lui, en exilé.