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Espoir et désespoir d’Angel Ganivet
IV, 1979, acrylique sur toile.
Acquis en 1983 |
Connu dès 1965 par le coût d’éclat
du tableau collectif Vivre et laisser mourir ou la mort tragique de
Marcel Duchamp, réalisé avec Gilles Aillaud et Antonio
Recalcati, Eduardo Arroyo se définit avant tout comme un artiste
engagé, pour lequel la peinture tient lieu de discours et de littérature.
Son adhésion à la figuration narrative le fait s’exprimer
dans un style assez neutre et immédiatement accessible. L’œuvre
qu’il élabore se confond avec son parcours personnel. Ayant
fui très jeune l’Espagne franquiste, il se situe résolument
dans une culture d’opposition au phénomène totalitaire.
Dans Espoir et désespoir d’Angel Ganivet IV, Arroyo
évoque, comme il le fait souvent, le thème si durement ressenti
de l’exil (Ganivet, consul espagnol, se suicida en se jetant dans
la Dvina, fleuve baignant la ville de Riga. Arroyo a consacré un
cycle de tableaux à ce fait divers). Le personnage auquel s’identifie
l’artiste s’extériorise par son absence, en fait il
incarne l’absence. Nous ne voyons de lui que ses vêtements,
chapeau et pardessus, posés sur une chaise, dans un intérieur
strict et dépouillé d’où émane une tristesse
diffuse. Quelques verticales et horizontales suffisent à camper
le décor traité en aplats bleus nuit ; il n’y a pas
de profondeur ni de point de fuite possible par la fenêtre, l’horizon
est bouché par un rideau floconneux. Le cadrage serré du
tableau ne laisse deviner qu’une partie de cette tranche de vie
; la reproduction, sur le mur, — deux palmiers dans un désert
—, symbolise l’aspiration à la chaleur d’un homme
né dans un pays de soleil et qui va mourir dans le froid, loin
de chez lui, en exilé. |